Un président qui soit un chercheur de renommée internationale ?

 

Question :

Bonjour,

Ce qui est très très dommage, mais c'est peut-être un oubli, c'est qu' on ne trouve aucune trace d'une activité scientifique internationale dans votre présentation (publications notamment en anglais, professeur invité, montage de projets scientifiques de haut-niveau ANR-ERC, expérience du CNRS, colloques internationaux, et même simples citations sur google Scholar ou autres bases de données). Or, les universités, et Brest-UBO plus que tout vu le contexte, ont besoin d'avoir à leur tête un président de haut niveau scientifique, avec expérience internationale, connaissant, par la pratique réelle, les tenants et aboutissants de projets type ERC, ANR, Erasmus Mundus, etc. Après plusieurs années difficiles, l'Univ de Bretagne occidentale a désormais besoin d'une présidence à très forte légitimité scientifique pour montrer, y compris aux autres universités, qu'elle se choisit de grands enseignants -chercheurs (mcf de bon niveau ou Pr, enseignant chercheur titulaire ou associé ou assimilé comme indiqué dans les statuts) pour penser son avenir scientifique. Cela doit être, avec la question pédagogique, un des deux axes essentiels pour une Présidence d'Université. Après les deux échecs aux PIA porté par l'UEB et le projet UBL UBL+, c'est d'autant plus essentiel. Il ne faut pas être nécessairement prof de classe exceptionnelle pour présider une université -heureusement-, mais il faut avoir l'expérience de la recherche internationale.

Cordialement,

C'est parce que j'aime l'UBO et que je défends sa légitimité depuis tant d'années que j'écris cela (anonymement pour le public car je ne veux pas que mon propos soit interprété comme une hostilité à votre égard- ce qu'il n'est pas, je ne vous connais pas, je ne vote pas à l'UBO- venant de quelque part d'identifié).

EC

 

Réponse :

Cher EC,

La question du profil idéal du Président est bien sûr un élément de réflexion important pour les mois qui viennent et en vue de l’élection. Chacun peut, voire doit se faire sa propre idée des qualités personnelles dont le futur ou la future élu-e devra disposer.

Une forte stature internationale en recherche peut en effet à bon droit faire partie de ce « portrait-robot » du candidat idéal.

Je ne puis pas me targuer à titre personnel de ce rayonnement international.

 Je n’ai pas pu consacrer beaucoup de temps à la recherche depuis mon arrivée à l'UBO il y a une quinzaine d'années et que je me suis voué progressivement à des tâches d’intérêt collectif de plus en plus importantes, certaines impliquant d’ailleurs une forte proximité avec les problématiques de la recherche (campagne des emplois, gestion des labos, budgets, équipements, CPER, etc.) mais sans constituer des situations de "production" scientifique.

Ensuite, toutes les disciplines ne sont pas égales devant la « mondialisation » de la recherche : la philosophie entretient un rapport intime avec la langue dans laquelle elle s’exprime (cf le Vocabulaire européen des Philosophies :dictionnaire des intraduisibles paru en 2004 sous la direction de Barbara Cassin), si bien que l’usage systématique d’une langue commune (qui serait l’anglais) constituerait de nos jours un risque fort d’appauvrissement de la réflexion. A ce titre-là, elle souffre comme d’autres sciences (les lettres, certaines parties du droit, par exemple), d’un handicap quant à l’internationalisation de la recherche, surtout si on la compare au moyen d’outils de mesure importés de sciences mieux aptes à passer d’une langue dans l’autre. Il existe cependant bien sûr un concert international des philosophes mais il repose sur d’autres logiques.

De façon générale, vous pointez la nécessité selon vous d’avoir un président qui ait la « pratique réelle » de projets type ANR, ERC, Erasmus Mundus, etc. Si je n’ai jamais monté moi-même des projets de ce type, j’ai participé à des réalisations ANR en collaboration inter-labos dans le cadre de mes travaux à HCTI. Surtout, mes expériences de directeur d’UFR comme de 1er vice-président de l’UBO m’ont rendu très familier des préoccupations de nos collègues, que ce soit par exemple vis-à-vis des longues heures passées à rédiger les dossiers de candidatures, pour un succès incertain,ou que ce soit vis-à-vis de la rigidité des procédures de justifications de crédits ou d’embauches de doctorants, post-docs ou ingénieurs contractuels.

Je crois que le rôle d’un président aujourd’hui n’est pas d’incarner lui-même un champ de recherche particulier, surtout dans une université aussi pluridisciplinaire que la nôtre, mais de défendre une stratégie d’ensemble qui s’appuie sur la qualité de la recherche de tous les chercheurs de l’UBO, et pas particulièrement sur la sienne, aussi brillante soit-elle.

C’est d’une stratégie collective qu’a surtout besoin l’université, d’une stratégie née de la synthèse entre les points de vue et pour cela, je ne serai pas seul : comme vous pourrez bientôt le constater, j’ai réuni autour de mon projet des enseignants-chercheurs reconnus dans leurs différents domaines, qui m’aident aussi à opérer cette synthèse, cette vision d’ensemble sur la diversité de nos axes de recherche et leur rayonnement international.

Un dernier mot, pour m’interroger à mon tour sur une expression que vous utilisez : vous dites « après plusieurs années difficiles l’UBO… » et j’aimerais vous demander en quoi l’on peut parler de plusieurs années difficiles. En effet, même si l’UBO, associés à ses partenaires bretons et ligériens, a échoué aux différents appels à projet Idex, nous avons quand même connu des succès importants, un Labex (Mer) un Equipex (Naos), un IDEFI (Remis), de nombreux ANR, sans compter tous les projets de ce type où nos collègues sont impliqués en collaboration (CominLabs, Lebesgue, IRT B-COM, etc.).

Bien à vous,

MG

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